La fin de notre monde
J'ai fais un rêve de fin du monde. Tout commence par une succession de
malédictions que rien ne peut arrêter. Une pandémie qui emporte des
millions d’êtres humains et ronge les solidarités déjà fragiles. Puis une
guerre nucléaire éclate, des capitales disparaissent.
Tandis que le monde chancelle la Terre elle-même se soulève et un volcan titanesque crache ses cendres
dans la stratosphère obscurcissant le ciel. Enfin, comme un dernier coup de
grâce, un nouvel astéroïde s’abat à Chicxulub dans la baie du Mexique exactement
là où soixante-six millions d’années plus tôt un rocher venu du ciel avait
effacé les dinosaures. En
quelques mois l’humanité s’effondre et 99 % des hommes et des femmes
disparaissent, avalés par la faim, le froid, les vagues de violence, ou
simplement l’absence d’air respirable et d’eau potable. Le monde moderne :
écrans, avions, réseaux, n’est plus qu’une carcasse inutile. Imaginons que quatre
îlots de vie résistent. Quatre
refuges aux confins du monde.
La péninsule du CAP ; une illusion de paradis. La presqu’île sud-africaine, miraculeusement épargnée, semble offrir un asile intact. Routes, immeubles, aéroport brillent sous le soleil. Mais à quoi servent les pistes si aucun avion ne vient plus jamais ? A quoi sert l’électricité si les centrales s’arrêtent une à une ? Le rêve tourne vite au cauchemar. Les gratte-ciel sont devenus des tombeaux verticaux : ascenseurs figés, réservoirs vides. Les riches retranchés dans leurs penthouses doivent descendre, les pauvres s y installent transformant les toits roof-top en potagers de fortune, nourris par l’eau de pluie et la patience des ânes au sol envoyant les treuils aux sommets. La société s’inverse : le township autrefois méprisé devient un trésor car il possède ce que les tours n’ont pas : des poulaillers, des lapins et des jardins. Les armes à feu se raréfient, faute de munitions. Arcs, flèches, sarbacanes sont recherchés. Les avions de l’aéroport deviennent poulaillers. Les tensions politiques explosent. La cité plonge dans l’anarchie. L’arc-en-ciel du drapeau sud-africain se noircit devenant le drapeau pirate des barques qui se réfugient sur Robben Island, l’ancienne prison où subsiste un dernier puits d’eau potable, deux planches à voile et trois kitesurfs. Mais ce refuge n’est qu’un sursis. Le Cap sombre lentement jusqu’à l’extinction.
Olduvaï : Dans la vallée du Rift, autour du lac Victoria, quelques Hadzabe descendants des premiers chasseurs-cueilleurs, survivent. Eux qui avaient préservé des traditions millénaires deviennent les gardiens d’un savoir fragile : reconnaître les plantes, suivre la trace des animaux, écouter le langage du vent. Mais le hasard est cruel. La survie ne dépend pas seulement du savoir, mais de la chance. La maladie frappe, l’eau se raréfie, les groupes s’étiolent. Comme il y a 200 000 ans, l’humanité se retrouve au bord du gouffre, dans un goulet d’étranglement biologique. Une poignée d’êtres humains lutte, mais la vallée du Rift n’offre pas de miracle. L'histoire de l’homme ne se répètera pas. La mémoire de l’espèce se consume dans la savane. Même au berceau de l’humanité rien ne garantit l’avenir. Olduvaï devient une parabole.
Les débuts d'un autre monde
Ushuaïa la démocratie : Dans les montagnes de Patagonie près de Cerro Sarmiento un groupe réfugié autour d'une vieille mine d’or est épargné. Dans le froid brutal de la cordillère un petit monde reprend son souffle. Parmi eux : un grand propriétaire terrien argentin se retrouve privé de ses richesses. Son appartement new-yorkais, ses comptes en Suisse, son yacht ne sont plus que des souvenirs fantômes. À ses côtés, quelques Européens de passage, des péones métissés indiens-incas de famille amérindienne enracinée dans la montagne. Privés de hiérarchie, ils inventent un nouveau pacte. Un conseil des sages se forme, une utopie fragile prend racine et six mots deviennent les piliers de leur survie. Gravés sur la paroi de la mine, ils posent l’acronyme FRANCE :
- F : Friendship & Freedom
- R : Rebirth
- A : Alliance, Alive & Action
- N : New way of life, No return
- C : Cooperation & Confederation
- E : Ecology
Dans cet abri glacé naît une démocratie lente et apaisée, multiraciale, sans guerres ni chefs absolus. La chasse, la pêche, le partage et la solidarité dessinent une autre manière d’être humains. Au sud de l'Amérique du sud Ushuaïa est l’utopie d’une humanité réconciliée.
Margaret River : réservoir d enfants À l’autre bout du monde, en Australie, près de Bluff Knoll, ce sont des enfants qui promettent l’avenir. Un convoi scolaire de Margaret River leurs enseignants et des familles aborigènes échappent au cataclysme. Ils survivent presque par hasard. Les adultes protègent les plus jeunes, transmettent histoires et chants anciens. Les enfants métissés inventent des jeux, des mots, une langue nouvelle. Le secteur devient une arche de vie, le brassage est la clé. Le savoir ancestral des aborigènes allié à la curiosité des enfants occidentalisés, crée un laboratoire vivant. Lentement se construit une communauté multiraciale où le passé et le futur se tiennent par la main sur des générations. Margaret River n’est pas un paradis : il y a bien la faim, les maladies et l'isolation mais ce réservoir de vie se remplit comme un grenier d’avenir.
Les Colonnes du Temps Les destructions sont rapides les reconstructions beaucoup plus lentes. Des millénaires passent. De ces quatre refuges deux s’éteignent, deux se transforment. Réinventée l’histoire humaine recommence et un jour de Pâques sur une île au cœur du Pacifique, un jeune Amérindien en quête d’horizons venu sur son radeau de fortune croisera un Aborigène venu d’au-delà des mers. Vestiges d’une humanité disparue devant eux se dressent d’étranges colonnes de pierre. Ils comprennent être frères d’histoire, enfants de survivants, ce n’était pas la fin du monde. Ils devinent que leurs pas rejouent la mémoire des ancêtres, que leur rencontre scelle la promesse d’un nouveau monde. Ils n’ont pas d’autre certitude que celle-ci : Ce n’est qu’un recommencement.
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